Passer en société en 2026 n’est pas nécessairement moins intéressant fiscalement, malgré le durcissement des règles depuis le 1er janvier 2026 : tout dépend du niveau de bénéfices, de la rémunération du dirigeant et de la stratégie de distribution des dividendes. En effet, même si la rémunération minimale pour bénéficier du taux réduit a été augmentée et que le précompte mobilier sur les dividendes VVPR-bis est passé de 15 % à 18 %, la société peut rester plus avantageuse qu’une entreprise en nom personnel à partir d’un certain seuil de revenus.
Cet article analyse en détail les changements fiscaux 2026, compare les chiffres concrets et vous aide à déterminer si la transformation en société reste pertinente pour vous ou votre client.
Des conditions plus strictes pour le taux réduit à l’impôt des sociétés
Jusqu’à récemment, l’un des grands avantages de la société était l’accès au taux réduit de 20 % sur la première tranche de 100 000 € de bénéfices. En entreprise individuelle, les revenus sont soumis au taux progressif de l’impôt des personnes physiques (IPP), pouvant atteindre 50 % (hors additionnels communaux) sur la tranche supérieure à environ 50 000 €.
Depuis le 1er janvier 2026, les conditions d’accès au taux réduit ont été durcies. La rémunération minimale d’un dirigeant passe de 45 000 € à 50 000 €, avec indexation annuelle.
De plus, la société est exclue du taux réduit si plus de 20 % de la rémunération est composée d’avantages de toute nature évalués forfaitairement, comme une voiture de société ou un logement.
En pratique, cela signifie que les dirigeants devront privilégier une rémunération “cash” suffisante et structurée intelligemment. Pour les indépendants qui utilisaient fortement les avantages en nature pour optimiser leur fiscalité, l’impact peut être réel. Cependant, pour ceux qui se versent déjà un salaire cohérent, l’effet reste maîtrisable.
Dividendes VVPR-bis : une fiscalité alourdie mais toujours attractive
L’autre modification majeure concerne les dividendes. En principe, les dividendes sont soumis à un précompte mobilier de 30 %. Toutefois, le régime VVPR-bis permettait d’appliquer un taux réduit de 15 % sous certaines conditions.
Depuis 2026, ce taux réduit est porté à 18 %. Cela augmente mécaniquement le coût de sortie des bénéfices. Faut-il pour autant abandonner la société ? Pas forcément.
Même avec un précompte mobilier à 18 %, la combinaison impôt des sociétés (20 % sur la première tranche) + précompte réduit peut rester fiscalement compétitive comparée à une taxation IPP progressive pouvant atteindre 50 %. L’écart s’est réduit, mais il n’a pas disparu.
La question clé devient donc stratégique : le dirigeant souhaite-t-il consommer immédiatement l’ensemble du bénéfice ou capitaliser en société pour distribuer plus tard ? La société garde un avantage certain pour la thésaurisation et la planification à long terme.
Comparaison chiffrée : entreprise individuelle vs société en 2026
Prenons l’exemple d’un bénéfice imposable de 80 000 €.
En entreprise en nom personnel :
- Revenus : 80 000 €
- Cotisations sociales : 16 719,92 €
- IPP (± 40 %) : 25 312,03 €
- Net final : 37 968,05 €
En société (2026) :
- Bénéfice brut : 80 000 €
- Rémunération dirigeant : 50 000 €
- ISoc (20 %) sur 30 000 € = 6 000 €
- Cotisations privées : 10 655 €
- IPP (± 35 %) : 13 771 €
- Dividendes (18 %) sur 24 000 € = 4 320 €
- Net final : 45 254 €
Résultat : malgré l’augmentation de la rémunération minimale et du taux VVPR-bis, la société génère toujours un revenu net supérieur d’environ 7 000 € dans cet exemple.
Ce différentiel démontre que, pour un bénéfice de 80 000 €, la société reste fiscalement intéressante en 2026. Toutefois, plus les bénéfices sont faibles, plus l’écart se réduit.
Les éléments à ne pas négliger avant de transformer son activité
La fiscalité n’est pas le seul critère. Une société implique des coûts supplémentaires : frais de constitution, comptabilité plus lourde, cotisation annuelle à charge des sociétés, obligations administratives accrues. Ces coûts fixes peuvent absorber une partie du gain fiscal, surtout pour les petits revenus.
Par ailleurs, l’entreprise individuelle bénéficie de certains avantages spécifiques : crédit d’impôt (doublé en 2025) et régime fiscal plus favorable pour certaines voitures hybrides. Selon la situation personnelle (enfants à charge, emprunts, autres revenus), le calcul peut fortement varier.
Enfin, la société offre aussi des avantages non fiscaux : responsabilité limitée, meilleure image vis-à-vis des partenaires, facilité d’entrée d’investisseurs et transmission plus structurée. Ces éléments stratégiques doivent être intégrés dans la réflexion globale.
Conclusion : passer en société en 2026 reste-t-il intéressant ?
Oui, passer en société en 2026 peut encore être fiscalement intéressant, malgré le durcissement des règles. L’augmentation de la rémunération minimale à 50 000 € et la hausse du taux VVPR-bis à 18 % réduisent légèrement l’avantage, mais ne le suppriment pas.
À partir d’un certain seuil de bénéfices souvent, autour de 70 000 à 80 000 € selon la structure, la société conserve un avantage net mesurable. En revanche, pour des bénéfices plus modestes ou pour des dirigeants privilégiant fortement les avantages en nature, l’écart se réduit.
La bonne approche en 2026 n’est donc pas de conclure que la société est devenue “moins intéressante”, mais d’effectuer une simulation personnalisée intégrant rémunération, dividendes, cotisations sociales, frais fixes et objectifs à long terme. La réforme complexifie l’analyse, mais elle ne change pas une réalité fondamentale : la société demeure un outil puissant d’optimisation et de planification, à condition d’être utilisée stratégiquement.