Imputer la perte de 2026 sur le bénéfice de 2025 : est-ce possible ?

Votre société a réalisé un bénéfice en 2025, mais l’année 2026 s’annonce plus difficile ? Vous vous demandez peut-être s’il est possible d’utiliser la perte de 2026 pour réduire l’impôt dû sur le bénéfice de 2025.

En pratique, payer de l’impôt sur une bonne année alors qu’une perte arrive juste après peut sembler injuste. Pourtant, en fiscalité belge, la réponse dépend du mécanisme applicable : carry forward, carry back, pertes antérieures, taux réduit ISOC et règles propres à l’impôt des sociétés.

Le principe général : les pertes fiscales se reportent vers l’avenir

En Belgique, le principe classique est le report en avant (carry forward) des pertes fiscales. Comme le nom l’indique, cela signifie qu’une perte réalisée par une société peut, en règle générale, être utilisée pour réduire les bénéfices imposables des exercices suivants.

Exemple simple :

  • votre société réalise une perte fiscale de 40 000 € en 2026 ;
  • elle réalise ensuite un bénéfice fiscal de 70 000 € en 2027 ;
  • la perte de 2026 peut venir réduire le bénéfice imposable de 2027.

Dans ce cas, la société n’est pas imposée sur 70 000 €, mais sur 30 000 €, sous réserve des limitations applicables.

Ce mécanisme est utile, mais il ne règle pas le problème inverse : que faire si le bénéfice a été réalisé avant la perte ? C’est précisément là qu’intervient la notion de carry back.

Carry back en Belgique : peut-on reporter une perte en arrière ?

Le report en arrière des pertes, appelé carry back, permettrait d’imputer une perte d’un exercice sur le bénéfice d’un exercice précédent. Dans votre cas, cela reviendrait à utiliser la perte de 2026 pour diminuer le bénéfice imposable de 2025.

En théorie, ce mécanisme est intéressant, car il permettrait :

  • de réduire l’impôt déjà dû ou payé sur l’exercice précédent ;
  • d’améliorer rapidement la trésorerie ;
  • d’éviter d’attendre un futur bénéfice pour utiliser la perte fiscale ;
  • de mieux aligner l’impôt avec la réalité économique de l’entreprise.

Mais en Belgique, en dehors d’un régime légal spécifique, une perte de 2026 ne peut donc pas automatiquement être imputée sur le bénéfice de 2025.

Le carry back a par exemple été utilisé comme mesure exceptionnelle dans le contexte de la crise Covid, via une déduction anticipée des pertes. Les sociétés pouvaient alors constituer une réserve exonérée temporaire afin de neutraliser, sous conditions, une perte attendue sur l’exercice suivant.

Perte fiscale 2026 et bénéfice 2025 : pourquoi la distinction est importante

Il faut distinguer deux notions :

  1. Le résultat comptable
    Il s’agit du résultat présenté dans les comptes annuels : bénéfice ou perte après comptabilisation des produits et charges.
  2. Le résultat fiscal
    Il s’agit du résultat corrigé selon les règles fiscales : dépenses non admises, déductions, amortissements fiscalement admis, avantages anormaux, revenus définitivement taxés, etc.

Une société peut donc afficher une perte comptable, mais ne pas nécessairement avoir une perte fiscale du même montant. À l’inverse, certaines corrections fiscales peuvent augmenter la base imposable.

Avant de parler d’imputation, il faut donc vérifier :

  • le résultat fiscal réel de 2025 ;
  • le résultat fiscal estimé ou définitif de 2026 ;
  • les déductions disponibles ;
  • les pertes reportées antérieures ;
  • l’application éventuelle de la limitation de la corbeille fiscale.

Déduction des pertes antérieures : attention aux limites

Le report des pertes fiscales n’est pas toujours illimité dans son utilisation annuelle. En impôt des sociétés, certaines déductions reportées peuvent être limitées lorsque la base imposable dépasse certains seuils.

En pratique, les pertes antérieures peuvent être utilisées pour réduire le bénéfice imposable futur, mais pas toujours jusqu’à zéro pour les grandes bases imposables. Cette règle vise à garantir une base imposable minimale pour les sociétés qui dégagent des bénéfices importants.

Pour les PME, certaines exceptions peuvent s’appliquer, notamment durant les premières périodes imposables suivant la constitution de la société. Il est donc essentiel d’analyser le profil de l’entreprise avant de tirer une conclusion.

Quel impact sur l’impôt des sociétés ?

L’impact fiscal dépend aussi du taux applicable à votre société.

En Belgique, le taux standard de l’impôt des sociétés est généralement de 25 %. Certaines petites sociétés peuvent bénéficier d’un taux réduit de 20 % sur la première tranche de 100 000 € de bénéfice imposable, à condition de respecter plusieurs critères, notamment liés à la taille de la société et à la rémunération minimale du dirigeant.

Exemple :

Une société réalise 120 000 € de bénéfice fiscal en 2025. Elle remplit les conditions du taux réduit ISOC.

Son impôt peut être calculé comme suit :

  • 20 % sur les premiers 100 000 € ;
  • 25 % sur les 20 000 € restants.

Si cette même société subit une perte en 2026, elle ne pourra pas revenir automatiquement diminuer le bénéfice imposable de 2025. La perte sera plutôt conservée pour réduire des bénéfices futurs, sauf régime spécifique de carry back applicable.

Quelles solutions si une perte est prévue en 2026 ?

Même si l’imputation directe de la perte de 2026 sur le bénéfice de 2025 n’est pas automatiquement possible, plusieurs leviers peuvent être étudiés.

1. Anticiper les charges déductibles

Avant la clôture de l’exercice 2025, il peut être utile de vérifier si certaines charges sont correctement comptabilisées :

  • factures à recevoir ;
  • provisions fiscalement admises ;
  • amortissements ;
  • réductions de valeur ;
  • frais professionnels engagés mais non encore enregistrés.

L’objectif n’est pas de créer artificiellement des charges, mais de s’assurer que le résultat fiscal reflète correctement la réalité économique.

2. Vérifier les investissements déductibles

Certaines dépenses ou certains investissements peuvent ouvrir droit à des déductions fiscales. La déduction pour investissement, par exemple, peut jouer un rôle dans l’optimisation du résultat imposable, selon la nature de l’investissement et le profil de la société.

3. Adapter les versements anticipés

Si une perte importante est attendue en 2026, il est utile d’adapter les versements anticipés afin d’éviter une sortie de trésorerie excessive. Pour l’exercice 2025, en revanche, les versements anticipés doivent être analysés en fonction du bénéfice réellement attendu et du risque de majoration.

4. Revoir la rémunération du dirigeant

Pour les sociétés qui souhaitent bénéficier du taux réduit ISOC, la rémunération du dirigeant reste un point stratégique. Une rémunération trop faible peut entraîner la perte du taux réduit, ce qui augmente l’impôt dû.

L’arbitrage doit toutefois être global : augmenter la rémunération peut réduire l’impôt des sociétés, mais augmenter l’impôt personnel et les cotisations sociales du dirigeant.

5. Simuler plusieurs scénarios fiscaux

La meilleure approche consiste à comparer plusieurs hypothèses :

  • bénéfice 2025 élevé et perte 2026 reportée ;
  • ajustement de certaines charges avant clôture ;
  • maintien ou perte du taux réduit ISOC ;
  • utilisation future de la perte en 2027 ou 2028 ;
  • impact sur la trésorerie à court terme.

Une simulation fiscale permet souvent d’éviter de mauvaises surprises.

Exemple pratique : perte en 2026 après un bénéfice en 2025

Imaginons une SRL belge qui réalise un bénéfice fiscal de 80 000 € en 2025. Elle paie l’impôt des sociétés sur ce bénéfice. En 2026, elle subit une perte fiscale de 50 000 €.

Sans régime spécifique de carry back, la perte de 2026 ne vient pas réduire rétroactivement l’impôt de 2025. Elle sera reportée et pourra être utilisée pour réduire les bénéfices imposables futurs.

Si la société réalise un bénéfice fiscal de 60 000 € en 2027, elle pourra imputer la perte de 50 000 € de 2026. Son bénéfice imposable 2027 sera alors réduit à 10 000 €, sous réserve des règles applicables.

Les erreurs à éviter

Voici les erreurs fréquentes à éviter :

  • confondre perte comptable et perte fiscale ;
  • supposer que le carry back est automatiquement autorisé ;
  • attendre la déclaration fiscale pour réfléchir à l’optimisation ;
  • négliger l’impact du taux réduit ISOC ;
  • oublier les limitations applicables aux pertes reportées ;
  • ne pas documenter les provisions et réductions de valeur ;
  • prendre des décisions sans simulation chiffrée.

 

Conclusion : peut-on imputer la perte de 2026 sur le bénéfice de 2025 ?

En principe, une perte fiscale de 2026 ne peut pas être automatiquement imputée sur le bénéfice de 2025 en Belgique. Le mécanisme normal reste le report en avant : la perte de 2026 servira à réduire les bénéfices futurs.

Le carry back existe comme concept fiscal, mais il n’est pas un droit général permanent applicable à toutes les sociétés belges. Il a été utilisé dans des contextes spécifiques, notamment lors de mesures exceptionnelles liées à la crise Covid.

Pour une société qui anticipe une perte en 2026 après un bénéfice en 2025, la priorité est donc d’agir avant la clôture, de vérifier les charges déductibles, de simuler l’impôt des sociétés et d’optimiser les décisions fiscales de manière légale et documentée.

Prochaine étape :

Vous pensez que votre société va subir une perte en 2026 après un bénéfice en 2025 ? Contactez-nous pour une analyse fiscale personnalisée. Nous vous aidons à simuler votre impôt, à anticiper vos pertes fiscales et à optimiser votre trésorerie en toute sécurité.