Réserve de liquidation 2021-2022 : faut-il distribuer en 2026 ou attendre encore ?

Oui, dans la plupart des cas, il est plus opportun de distribuer la réserve de liquidation de 2022 dès 2026 plutôt que d’attendre 2028, tandis que pour la réserve de 2021, la différence entre une distribution en 2026 et en 2027 est presque marginale. C’est la conclusion pratique qui ressort du document : l’avantage fiscal obtenu en attendant le taux de 5 % est, pour la réserve 2022, plus faible que la perte de valeur liée à deux années d’inflation. Pour la réserve 2021, en revanche, l’écart économique est beaucoup plus faible. Autrement dit, si l’objectif est de maximiser ce que l’actionnaire perçoit réellement, la réponse n’est pas la même selon l’année de constitution de la réserve.

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut rappeler le régime applicable en 2026. Si une société distribue une réserve de liquidation cette année, le précompte mobilier dû est de 5 % pour les réserves des exercices comptables 2020 ou antérieurs, de 6,5 % pour celles de 2021 et 2022, et de 20 % pour celles de 2023 et 2024. Le document rappelle aussi une règle importante souvent négligée : lorsqu’une société dispose de plusieurs réserves de liquidation, leur distribution suit le principe FIFO (First In, First Out), ce qui signifie que les plus anciennes sont prélevées en premier. Depuis la réforme entrée en vigueur à l’été 2025, les réserves existantes âgées de plus de trois ans mais de moins de cinq ans peuvent donc déjà être distribuées à 6,5 %, tout en conservant la possibilité d’attendre cinq ans pour bénéficier du taux de 5 %. En apparence, attendre semble donc logique. En réalité, ce raisonnement purement fiscal oublie un paramètre essentiel : la valeur réelle de l’argent dans le temps.

C’est précisément sur ce point que le document apporte l’analyse la plus utile. Une réserve de liquidation garde bien sûr la même valeur nominale tant qu’elle reste inscrite en comptabilité. Une réserve de 10 000 € reste donc une réserve de 10 000 € dans deux ans, dans cinq ans ou dans dix ans. Mais sa valeur réelle, elle, diminue à mesure que l’inflation grignote le pouvoir d’achat. Tant que l’argent reste dans la société sous forme de réserve de liquidation, son montant comptable n’augmente pas. Le document souligne d’ailleurs qu’un éventuel rendement obtenu par la société sur ses placements ne vient pas accroître la réserve elle-même. À l’inverse, une fois la réserve distribuée, l’actionnaire peut investir personnellement les fonds et tenter d’en préserver, voire d’en augmenter, la valeur. C’est donc moins la comparaison entre 6,5 % et 5 % qui compte que la comparaison entre le léger gain fiscal obtenu en attendant et la perte de valeur subie pendant cette attente.

L’exemple chiffré de la réserve de liquidation de 2022 est particulièrement parlant. Si la société la distribue en 2026, l’actionnaire perçoit 9 350 € net sur une base de 10 000 €, après application du précompte de 6,5 %. S’il attend 2028, il perçoit 9 500 € net grâce au taux de 5 %. Nominalement, attendre deux ans procure donc 150 € de plus. Mais en tenant compte d’une inflation de 2 %, le document calcule que la valeur réelle du dividende net de 2028 tombe à 9 131,10 €, soit moins que ce qui peut être perçu en 2026. La conclusion est nette : sauf rendement personnel nul ou négatif, il est financièrement plus intéressant de distribuer la réserve 2022 dès 2026 plutôt que d’attendre 2028. Le gain fiscal promis par le taux de 5 % ne compense pas l’érosion monétaire. C’est un arbitrage simple en apparence, mais décisif dans la gestion patrimoniale d’un dirigeant-actionnaire.

La situation est plus nuancée pour la réserve de liquidation de 2021. Le document explique que, pour cette réserve déjà plus ancienne, la différence entre une distribution en 2026 et une distribution en 2027 devient presque négligeable. Avec une hypothèse d’inflation de 2 %, la valeur réelle d’une distribution en 2027 est évaluée à 9 314 €, contre 9 350 € en 2026. L’écart existe, mais il reste limité. En pratique, cela signifie que la décision peut alors dépendre davantage d’autres éléments : besoins personnels de liquidités, stratégie d’investissement, situation de trésorerie de la société ou encore perspective de vente de l’entreprise. Pour une réserve de 2021, attendre un an de plus n’entraîne donc pas un véritable basculement économique. Pour une réserve de 2022, en revanche, le document considère clairement qu’une distribution en 2026 est le choix le plus rationnel en valeur réelle.

Réserves de liquidation en 2026 : arbitrer entre fiscalité, inflation et timing de distribution

En 2026, la bonne décision n’est donc pas uniforme pour toutes les réserves de liquidation. Pour une réserve constituée en 2022, l’intérêt d’attendre le taux de 5 % est inférieur à la perte de valeur causée par l’inflation, ce qui plaide en faveur d’une distribution immédiate. Pour une réserve de 2021, la différence entre distribuer maintenant ou patienter encore un an est beaucoup plus faible, au point de devenir presque neutre en valeur réelle. La vraie leçon à retenir est qu’un raisonnement purement fiscal ne suffit pas : il faut aussi intégrer le facteur temps, l’érosion monétaire et l’usage que l’actionnaire pourra faire des fonds une fois perçus. C’est cette lecture globale qui permet de trancher utilement entre distribuer aujourd’hui et attendre un taux facialement plus avantageux demain.